Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'Union européenne est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, marquant la première fois qu'une grande économie impose un prix carbone sur les émissions incorporées dans les produits importés. Les importateurs de ciment, acier, aluminium, engrais, électricité et hydrogène doivent désormais acheter des certificats CBAM au prix du système d'échange de quotas d'émission de l'UE (ETS), créant des répercussions profondes sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, la compétitivité industrielle des économies émergentes et l'architecture du droit commercial international.
Qu'est-ce que le CBAM et comment fonctionne-t-il ?
Le CBAM est l'outil phare de l'UE pour empêcher les fuites de carbone. En exigeant des importateurs l'achat de certificats au prix des quotas ETS, il garantit que les biens importés supportent le même coût carbone que ceux produits dans l'UE. La Commission européenne a publié le premier prix du certificat CBAM pour le T1 2026 à 75,36 € par tonne de CO2 équivalent le 7 avril 2026. Pour 2026, les prix seront trimestriels, puis hebdomadaires à partir de 2027. Lors de la première semaine, plus de 12 000 opérateurs ont demandé l'autorisation CBAM, avec plus de 4 100 déclarants autorisés. Les volumes échangés ont atteint environ 1,66 million de tonnes, dominés par les produits en fer et acier (98 %). La Turquie, la Chine, l'Inde, le Canada, Taïwan et le Vietnam sont les principaux pays d'origine.
Perturbations du commerce mondial et réalignement des chaînes d'approvisionnement
Impact sur les grands exportateurs
L'impact du CBAM sur les économies émergentes varie. La Turquie, la Chine et l'Inde sont parmi les principaux exportateurs de biens couverts. Une étude dans Energy Policy montre que le CBAM a des impacts macroéconomiques relativement importants sur des pays comme l'Inde, la Turquie et la Russie, mais un impact limité sur la Chine. L'Inde s'est opposée au mécanisme, évoquant une possible riposte à l'OMC. Lors de la conférence ministérielle de l'OMC à Yaoundé, les pays en développement menés par l'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud ont argumenté que le CBAM constitue une barrière commerciale déguisée en politique climatique.
Fermeture de Mozal au Mozambique : une mise en garde
Le 15 mars 2026, la fonderie Mozal au Mozambique, l'un des plus grands producteurs d'aluminium d'Afrique, a fermé après n'avoir pas obtenu un nouvel accord d'approvisionnement en électricité. Bien que le CBAM n'en soit pas la cause directe, il a ajouté des pressions sur les coûts. Le Mozambique est l'un des pays les plus vulnérables au CBAM, avec une réduction potentielle du PIB de 1,6 % selon le Center for Global Development.
Réactions géopolitiques et contestations à l'OMC
La contestation du CBAM à l'OMC s'annonce comme un cas majeur. La Chine et l'Inde ont officiellement soulevé des préoccupations, arguant que le CBAM discrimine les pays en développement. Les États-Unis, sous l'administration Trump, s'y opposent également. Le Brésil et la Russie se sont joints aux critiques. L'UE maintient que le CBAM est compatible avec les règles de l'OMC et nécessaire pour atteindre ses objectifs climatiques.
Le CBAM catalysera-t-il la décarbonation mondiale ou fragmentera-t-il le commerce?
La question centrale est de savoir si le CBAM incitera à l'adoption de la tarification du carbone à l'échelle mondiale ou fragmentera le système commercial. Certains pays réagissent en développant leurs propres systèmes : le Royaume-Uni met en œuvre son propre CBAM, tandis que la Turquie, la Chine et d'autres explorent des systèmes d'échange de quotas. Ce « effet Bruxelles » pourrait accélérer la décarbonation. Cependant, le risque de représailles commerciales est réel. L'Inde a menacé de mesures de rétorsion, et les tensions commerciales entre les États-Unis et l'UE sur la politique climatique pourraient s'intensifier.
Points de vue d'experts
« Le CBAM représente la tentative la plus ambitieuse d'intégrer les coûts climatiques dans le commerce international », déclare le Dr Helena Varkkey, experte en politique commerciale à l'Université de Malaya. « Le premier trimestre 2026 est une fenêtre critique pour évaluer les coûts de conformité, les perturbations des flux commerciaux et les réactions géopolitiques. » Les économistes de l'UNU-WIDER ont modélisé les implications pour l'Afrique australe, constatant que le Mozambique et l'Afrique du Sud sont particulièrement exposés.
Foire aux questions
Quel est le prix du certificat CBAM pour 2026?
Le premier prix du certificat CBAM pour le T1 2026 est de 75,36 € par tonne de CO2 équivalent, basé sur le prix moyen des enchères ETS. Les prix seront trimestriels en 2026, puis hebdomadaires à partir de 2027.
Quels produits sont couverts par le CBAM?
Le CBAM couvre initialement le ciment, le fer et l'acier, l'aluminium, les engrais, l'électricité et l'hydrogène. D'ici 2030, tous les secteurs couverts par l'ETS seront inclus.
Comment les importateurs se conforment-ils au CBAM?
Les importateurs de plus de 50 tonnes de biens CBAM doivent devenir déclarants autorisés, soumettre des déclarations trimestrielles des émissions incorporées, et acheter et restituer des certificats. Les achats de certificats commencent en février 2027 pour les importations de 2026.
Les prix du carbone payés à l'étranger peuvent-ils être déduits?
Oui. Si un prix du carbone a déjà été payé dans le pays d'origine, il peut être déduit de l'obligation de certificat CBAM, pour encourager l'adoption de systèmes de tarification du carbone.
Le CBAM est-il légal selon les règles de l'OMC?
L'UE soutient que le CBAM est compatible avec les règles de l'OMC en vertu de l'article XX du GATT. Cependant, la Chine, l'Inde, le Brésil et d'autres l'ont contesté, arguant qu'il viole les principes de non-discrimination. L'issue reste incertaine.
Conclusion : un moment décisif pour le climat et le commerce
Alors que le premier trimestre 2026 touche à sa fin, le CBAM redessine déjà les schémas commerciaux mondiaux. Son succès dépendra de sa capacité à réduire les émissions sans déclencher une guerre commerciale. Les mois à venir révéleront si le CBAM devient un modèle de politique commerciale alignée sur le climat ou une source de friction géopolitique.
Sources
- Commission européenne, Taxe et Union douanière : Aperçu du CBAM
- Commission européenne : Premier prix du certificat CBAM
- SteelOrbis : Mise en œuvre du CBAM en douceur
- CNBC : États-Unis, Chine et Inde critiquent la politique climatique de l'UE
- ODI : Fermeture de Mozal et flexibilités CBAM
- UNU-WIDER : Implications économiques du CBAM pour l'Afrique du Sud et le Mozambique
- S&P Global : Confirmation du premier prix du certificat CBAM
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